Dépasser le handicap sur le marché du travail

Pour la première fois, l’ANAH a tenu sa Journée de Rencontre (douzième du nom) dans la région bruxelloise, plus précisément au Repos des Chasseurs à Watermael-Boitsfort, local du club organisateur, le Rc Bruxelles-Nord. Plus de 160 participants – un record – se sont penchés sur le thème du ‘droit au travail de la personne avec restriction’. Ils ont été accueillis par le bourgmestre Olivier Deleuze (Ecolo), ravi de l’intérêt suscité par la manifestation.

Le président André Oeyen s’est réjoui d’une triple progression: du nombre de demandes de soutien émanant des clubs, de l’intérêt affiché par les gouverneurs et de la contribution financière des clubs. ‘L’année prochaine, nous augmenterons notre budget de 25%, car nous ne voulons décevoir personne.’ Il a également annoncé la création d’un cercle informel, ‘Les amis de l’ANAH’, dans lequel des anciens membres du CA et autres sympathisants travailleront à l’avenir de l’association.

Concernant le thème de la journée, le président a bien précisé qu’il s’agissait ici d’informer et de sensibiliser, certainement pas de culpabiliser. ‘Le premier devoir d’un chef d’entreprise est de conduire son entreprise. Accueillir une personne avec restriction parmi son équipe doit s’envisager suivant des critères économiques, et non pas par compassion. Chaque recrutement réussi procure à la personne non seulement un salaire mais aussi le respect d’elle-même et le sentiment salutaire que quelqu’un a besoin de ses talents.’

Serge de Patoul, député bruxellois et premier échevin à Woluwe-Saint-Pierre, a évoqué la place de la personne handicapée dans les administrations publiques et les entreprises de travail adapté (ETA). Celles-ci emploient environ 18.000 salariés, dont 1.600 seraient des chômeurs structurels si les ETA n’existaient pas. Une nouvelle ordonnance, publiée en février, doit soutenir le secteur en créant davantage d’opportunités d’emploi.

En Belgique, à peine 35% des personnes handicapées ont un travail, contre une moyenne européenne de 50%. Comment améliorer la situation ? L’asbl Diversicom propose du ‘jobcoaching’, des conseils en matière d’égalité des chances, une meilleure adéquation entre candidats et entreprises partenaires, et la promotion de bonnes pratiques. Chez BNP Paribas Fortis, cette politique a mené à l’introduction d’une méthode de sélection inclusive et à un processus spécifique pour faciliter l’intégration des collègues moins valides. L’asbl a également participé au recrutement de la jeune juriste – et PMR – Sofia El Bassi au sein du cabinet d’avocats bruxellois Jansen Legal. Son employeur et elle-même ont témoigné du fait que, avec un peu de bonne volonté et moyennant quelques ajustements de l’infrastructure, un handicap ne constitue pas un obstacle à une relation de travail normale.

L’APEM-T21, qui accompagne des personnes atteintes de trisomie 21 ou d’un autre syndrome génétique assimilé, a développé sa propre pédagogie autour du travail, de l’intégration et de la participation sociale. Grâce aux projets d’insertion socioprofessionnelle ‘Pyramide’ et ‘Proxi-Services’, des personnes a priori ‘inaptes au travail’ se voient proposer des stages découvertes durant lesquels elles se confrontent à la réalité d’un métier. ‘Le travail est donc un outil formidable leur permettant de sortir des institutions et de montrer à leur environnement les nombreuses richesses qu’elles ont à offrir’, a déclaré Xavier Rainotte (Rc Verviers-Vesdre), directeur de l’APEM asbl.

Les PME sont l’employeur le plus important de notre pays. Avec l’aide d’un service spécialisé, elles peuvent elles aussi offrir des opportunités réalistes aux personnes handicapées. Ainsi, grâce à GTB Antwerpen, partenaire du Forem flamand, Bart a pu suivre un stage chez XPOfleet et ainsi goûter à la culture d’entreprise. Actuellement, il participe à une ‘opportunité de carrière professionnelle spécialisée’ et se familiarise à diverses tâches adaptées aux attentes de l’entreprise. Filip, personne autiste de 42 ans, a été embauché, via l’asbl De Ploeg, par l’entreprise d’outillage anversoise Godevaart. Le directeur, Evert Eyckerman, a fait l’éloge de son dévouement et de sa rigueur, tout en reconnaissant que Filip a besoin de davantage de structure que les autres employés.

Alain Klinkenberg (Rc Liège) a présenté les Ateliers du Monceau, une ETA qu’il dirige depuis plus de 32 ans et dont l’activité principale est la réparation de palettes, particulièrement adaptée pour les personnes souffrant de troubles caractériels : leur énergie est canalisée vers un effort physique. L’équipe comprend également des personnes sourdes. Récemment, l’entreprise s’est spécialisée dans la construction d’ossatures en bois. Actuellement, elle construit pour Besix un bâtiment de 19 étages à Molenbeek.

Via une approche globale dénommée ‘Dispositif Carat’, l’asbl Parthages offre un soutien visant à l’intégration sociale complète de la personne avec restriction. Une équipe interdisciplinaire assure un accompagnement à 360° de la personne dans les domaines de l’éducation, du travail, des loisirs, de la vie autonome…

Pour terminer, focus sur l’ETA APAM, soutenue depuis plusieurs décennies par le Rc Bruxelles-Nord. L’entreprise a dû s’adapter aux évolutions technologiques et à la mondialisation. C’est pourquoi les 140 collaborateurs se concentrent aujourd’hui essentiellement sur des activités non délocalisables (entretien de jardins, porte-à-porte…). En guise de remerciement pour l’accueil, l’ANAH a remis un chèque de 2.500 € à l’APAM. Conclusion de la journée, à travers le président André Oeyen : ‘Tout le monde a des capacités, encore faut-il les découvrir et les encourager…’

Rapport: Steven Vermeylen (traduction: Denis Crepin)
Rotary Belux Services

Plus d’info sur l’accompagnement des personnes avec restriction : andre.oeyen@skynet.be ou 0495 52 28 79